Manifeste de Magie Expérimentale

Dernière mise à jour : 14 juil. 2021


Cet article est un complément d’information qui s’intègre parfaitement dans la démarche de mon livre Les Mécanismes de la Pratique Magique, publié aux éditions Alliance Magique. Étant un article important et primordial à comprendre, et usant de concepts et de termes complexes, pour vous faciliter la lecture, chacun des termes et concepts sont en lien hypertexte pour avoir leur définition, pour cela il vous suffira de cliquer sur les mots en bleus soulignés AVERTISSEMENT : veuillez m’excuser pour le bug avec les mots qui se repetent dans les liens en bleus, c’est un bug de l’éditeur du blog qui disparaîtra avec la prochaine mise au jour.

Si la magie est souvent confondue avec la religion, la spiritualité et la superstition ce n’est pas un hasard. Chacun a des antécédents en commun. L’un s’est souvent basé sur l’autre pour évoluer et se compléter, voire se copier. Jusqu’à ce que chacun de ses représentants instituent une division se normalisant avec le temps. Les intérêts étant plus fort que l’honnêteté, il en devient plus évident de jeter la pierre sur son voisin qu’à reconnaître que chacun dit la même chose, à sa manière. Aujourd’hui la magie n’est pas en reste, car elle continue à être l’héritage de multiples croyances et système religieux ou de concepts spirituels en tout genre et tout horizon, pour le meilleur comme pour le pire.

Outre les images d’Épinal, l’impossibilité de ralliement en un consensus sur les mécanismes de la pratique magique, empêche d’avoir un corpus d’étude unifiée. Encore aujourd’hui, le « chacun sa vérité » excuse toute forme de remise en question ou d’ouverture d’esprit, ne préférant que se fermer à sa vision en la clamant sous fausse gentillesse, trop vite pardonnée. Or il est plus que nécessaire d’ouvrir la magie a un versant plus sérieux, en se basant sur des faits vérifiés méthodologiquement, et non pas des assertions issues d’idéologies irréfutables ou encore des idées fantaisistes de personnes en manque de merveilleux…

Les pratiques magiques se sont ancrées dans des systèmes initiatiques ou dévotionnelles et ont perdu peu à peu leur usage en tant que discipline énergétique en dehors des traditions. À tort ou à raison, là n’est pas le sujet, cependant rétablir un juste milieu s’avère essentiel pour en tirer le meilleur parti.

Pour y arriver, il faudra commencer par séparer le bon grain de l’ivraie dans le discours des prédicateurs en utilisant diverses méthodes comme l’entretien épistémique (voir l’image qui suit afin d’avoir un apercu de cette méthode), entre autres, dans le but de s’éloigner de la pensée magique qui ternit cette discipline.

Ainsi que déceler le savant, du connaisseur, du croyant, du pratiquant au praticien afin d’aller au-delà de l’idéologie de l’innéisme qui est un écran de fumée souvent proche de l’eugénisme.

Par la suite, dépoussiérer les concepts archaïques rattachés à la rituelie (sans être pour autant misonéiste ou philonéiste, ni conformiste), ce qui à terme évitera de tomber dans les fausses interprétations et les risques d’erreur de compréhension du concept performatif ou encore des rationalisations monocausales.

Il pourra en ressortir un véritable besoin, une urgence, d’adopter une méthodologie de recherches expérimentales, en s’éloignant des caricatures pseudo-scientifiques. Nous arriverons enfin à une approche des principes phénoménologiques de l’énergétique tout en se gardant du doute hypercritique.

Instaurer cette rigueur ne pourra qu’être bénéfique à l’avancé et au progrès des pratiques magiques.




Pour commencer, il est nécessaire de se pencher sur le discours des praticiens. Il n’est pas rare d’entendre couramment des professionnels mettre en avant leur sincérité, leur franchise et leur honnêteté. S’évertuant à clamer sa vertu afin de convaincre le consultant naïf. La confiance se gagne et ne doit pas être accordé pour de fausses raisons, comme le célèbre « on a toujours fait ainsi » ou encore « c’est la tradition » ou pire « on dit que… ». Le praticien se doit de démontrer un enchainement de prémisses afin de manifester une conclusion logique. Cependant ce n’est pas suffisant, sinon on ne fait que des syllogismes. L’important est de prouver la fiabilité des prémisses de même que la conclusion, et ce par des faits. Comme le domaine religieux, aujourd’hui il n’existe pas de vraies preuves d’existence, mais cela n’empêche pas de donner certains éléments issus d’un rationalisme critique (même si c’est encore à prendre avec des pincettes). À l’heure actuelle, seule la méthodologie d’argumentation en logique formelle et informelle permet de démonter un discours captieux. Et malheureusement ce type de discours se retrouve autant chez les praticiens sincères (usant de paralogismes) que de pseudo-praticiens véreux (usant de sophismes). C’est un usage facile et coriace innée à notre cerveau comme le démontre la théorie argumentative du raisonnement qui considère ce type d’argumentation nous amenant sur une option aisée à justifier plutôt que vers une solution préférable.

Pour se débarrasser de ces discours nuisibles, il existe deux méthodes. La première est le débunkage, c’est une méthode où l’on justifie avec des faits des idées, soit pour les prouver véritables soit pour les dénoncer fausses. Or, cette méthode parfois contre-productive n’arrive pas à convaincre les plus investis, les croyants. Afin de sortir définitivement des fausses croyances, il est nécessaire d’éviter l’effet de réactance. Plus vous montrez de preuves contraires, plus le croyant se braque en pensant que vous voulez prendre l’ascendant sur lui. Au final, cela ne fait que renforcer sa croyance. Pour ne pas en arriver là, l’entretien épistémique héritier de la maïeutique socratique s’avère être un moyen efficace d’écoute, de reformulation et d’analyse accompagnatrice, loin des débats et des rectifications frontales. Ce procédé est long et difficile mais associé à des phases de débunkage, cela devient imparable.

Par exemple, c’est par ces deux méthodes que l’on a pu éloigner la magie de la « pensée magique » enfantée par l’essentialisme. C’est l’idée que chaque chose a une essence, on attribue des pouvoirs à des objets symboliques par application de croyances (un peu comme l’animisme) alors que ce n’est que notre détection causale qui est altérée par la perception intuitive non raisonnée et sans lien de causalité, un phénomène courant d’apophénie. Considérant, à tort, les préjugés comme des évidences (l’on se souvient de l’expérience du cube de Necker) et in fine pour des preuves. Et si l’on veut que nos pratiques soient réellement efficaces c’est en commençant par sortir de ce type de raisonnement fallacieux et contradictoire qui n’amènent qu’au dogmatisme. Afin d’aller vers une vigilance et une rationalité épistémique, qui cherche à mettre en correspondance ses croyances avec les preuves. Mais attention, ce n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas suffisant non plus pour apporter des preuves valides, car une croyance rationnelle ne veut pas dire que cette croyance est vraie. Elle n’est que la meilleure hypothèse au regard des données disponibles, c’est là toute la subtilité.

Typiquement, cette pensée magique est employée par les personnes se cachant derrière l’innéisme. Une idéologie proche de l’eugénisme, qui associe à certaines personnes des pouvoirs divins ou de naissance, justifiant leur non-intérêt à l’étude, proférant l’acquisition de pseudo-connaissances de manière douteuse. Encore un discours marketing faisant office d’écran de fumée. Les consommateurs de rêves, seront plus attirés par une personne possédant des pouvoirs magiques que vers un praticien ayant travaillé, étudié, expérimenté et s’entraînant sans relâche. Encore un effet glamour de la pensée magique, une facilité de l’esprit s’enclosant dans l’argument fallacieux d’autorité.


Le rituel magique est ipso-facto considéré comme magique en lui-même. Ce qui est une erreur fondamentale d’attribution, natif de l’essentialisme, encore et toujours. Aujourd’hui, nous sommes nombreux à avoir étudié le mécanisme des rituels et à avoir remarqué que son fonctionnement est identique au psychodrame et non à une recette de cuisine. C’est une théâtralisation symbolique permettant de mettre en condition le mental du mage afin – de par son entraînement – générer de l’énergie subtile et de la « programmer » d’une information correspondante à sa volonté.

Pour arriver à ce type de conclusion, outre bien connaître les principes clés du rituel, il est nécessaire de savoir faire le distinguo entre le relatif (subjectif) de l’absolu (objectif) ; et en particulier dans les ressentis énergétiques.

Ce sera une base non-négligeable pour s’éloigner des fausses idées attribuées à la synchronicité qui est devenu un concept performatif usant de la détection