Glamour Magick, ou quand la Fascination rencontre le Schème de séduction

Dernière mise à jour : 22 mai


Merci à Steve Carlin pour m’avoir donné l’idée d’écrire cet article ;-)


Introduction :


Il est une nouvelle mode ésotérique ces derniers mois, c’est de parler du Glamour. Certains se sont même évertués à tenter d’en faire un système magique hybride avec la Wicca, la sorcellerie faerique, la Vampyre Magick, ou encore des systèmes de Chaos Magick, évidemment le tout teinté d’une pincée de la Voie de la Main Gauche.

Cependant, en réalité le principe du Glamour n’a absolument rien de récent. Au moyen-âge ce vocable était déjà usité. Loin de l’évolution du nom commun d’aujourd’hui qui n’a plus beaucoup de sens avec sa sémantique originelle, le terme Glamour viendrait du scots gramarye ou grammar en vieil anglais qui voulait dire « apprentissage en sciences occultes, la magie », ainsi que du vieux norrois glja ou glám-sýni qui signifiait « briller, scintiller, illusion ». Qui ont également donné des dérivés dans d’autres langues qui ont également donné d’autres mots comme la grammaire ou le grimoire.


Histoire du Glamour dans les contes, mythes, légendes et littérature de l’imaginaire :



Le Glamour était souvent rapproché des contes et légendes écossaises, en particulier de ceux sur les Fae/fey/aes sidhe (variante des fées ou des elfes) autant des Courts Seelie ou Unseelie (ce sont en quelques sortes deux clans féériques royales opposées dans l’autre-monde appelé le Sidh, si cela vous intéresse vous avez des ouvrages de Morgan Daimler sur la magie féerique aux éditions Danaé, de Claude Lecouteux sur les fées, sorcières et loups-garous ou celui sur les elfes et les nains, et de John Jamieson avec son dictionnaire écossais). Ces Fae avaient une sorte d’énergie magique, parfois appelé tout simplement le Glam, comme un charme envoûtant qui les entourait et attirait les humains vers elles. Les contes racontent que les humains seraient sous leur charme en voyant l’apparence physique des Fae comme les plus belles créatures au monde. Ce que l’on peut rapprocher du chant des sirènes de la Grèce antique. Ce Glamour leur permettrait également de changer d’apparence pour se métamorphoser en la personne que l’humain désire ou aime le plus profondément. Mais ce n’est pas tout, le Glamour servirait aussi à enchanter des objets ou des lieux afin de les rendre plus attrayants, ou encore la nourriture afin de la rendre exquise. Ce charme marcherait donc comme une illusion, privant les sens de la réalité, ce qui aurait un effet similaire à un envoûtement (dans son sens littéraire et non dans le vrai sens ésotérique).

Avec le temps, les écrivains de la Renaissance ont attribué le Glamour aux divinités antiques (en Grèce antique il existait déjà un équivalent au Glamour, c’est le khárisma, qui est un don, une faveur offerte, une grâce divine) dont ils revisitaient les mythes, puis dans la période de la littérature gothique et du romantisme noire, que ce soit Mary Shelley, Bram Stocker ou encore Charles Baudelaire, etc. ils attribueront le Glamour aux caprices de leurs sombres créatures. « Dracula », même si dans l’œuvre le Glamour n’y ait pas mentionné, y est décrit avec des caractéristiques très proches du Glamour, il n’en suffit que de peu pour que Anne Rice et ses « Chroniques des Vampires », puis par la suite le genre littéraire de l’Urban Fantasy ou de la Bit-lit l’associe aux vampires, en lui forgeant un terme plus récent la Fascination (ce n’est pas un hasard si c’est le titre français du premier tome de Twilight, le fait que Edward scintille au soleil pour séduire ses proies est du glamour). Si les œuvres de fantasy, depuis une vingtaine d’années, utilisent le Glamour ou la Fascination (ou l’hypnose comme l’appelle L.J. Smith dans sa saga « Journal d’un Vampire » / « Vampire’s Diaries », ou plus parlant encore le Glom dans les « Vampires de Manhattan » de Melissa de la Cruz, ou encore le mesmer des fées dans Artemis Fowl de Eoin Colfer) comme gimmick ou trope littéraire, toutes sortes de créatures surnaturelles y passent dont les sorciers enchanteurs de « Sublimes Créatures » (plus dans les livres que le film). Aujourd’hui l’on ne peut pas passer à côté des phénomènes littéraires de fantasy, toutes un peu les héritières de « La Fille du roi des elfes » de Lord Dunsany, comme la série « Les Royaumes Invisibles » de Julie Kagawa, celle de Holly Black « Le Peuple de l’Air », le manga « The Ancient Magus Bride » ou encore la série régnante « Un Palais d’épines et de roses » (ACOTAR pour les intimes) de Sarah J. Mass, bientôt adapté en série télé par le créateur de Outlander, (édito : Elise Paquin, directrice du label Alliance Magique, m’a rappelé l’excellente saga de Lauren K. Hamilton  « Merry Gentry » qui exploite aussi le thème des feys où le Glamour devient une magie dangereuse et parfois sexuelle). Une saga littéraire de fantasy « La Guerre des Fées » ou renommé « La Guerre des Elfes » de Herbie Brennan romancier et occultiste tenta de donner un éclairage ésotérique au Glamour dans ses œuvres de fiction, qu’il chercha également à expliquer dans ses essais ésotériques. Le roman (dont a été adapté la mini-série) « Jonathan Strange & Mr Norrell » de Susanna Clarke tente à nouveau l’hybridation magie humaine et féérique en se servant du mythe des Changeling comme point d’origine des premiers mages/sorciers/enchanteurs/hommes-fées, qui auraient hérités d’une partie de leur Glamour. Cependant, c’est un film iconique des années 90 qui commença à populariser le Glamour dans la sorcellerie néo-païenne, le célèbre The Craft (Dangereuse Alliance) où l’on voit le cercle de lycéennes sorcières pseudo-wiccanes qui tente un sortilège d’illusion corporelle, voulant changer la couleur de leurs yeux ou de leurs cheveux afin d’être plus séduisantes, et par la suite dans la série originale Charmed, changer d’apparence est nommé en VO : glamour.

Si dans l’esprit des gens de notre époque, le mot fée fait référence à un petit être ailé dans le style de la fée Clochette, il n’en était rien de cela dans les contes du moyen-âge. Leur apparence était plus proche de notre forme humaine. Comme elles vivaient en clan de différents royaumes, qu’elles étaient proches de la nature en vivant souvent dans les bois, et avaient un langage, une écriture, des symboles et une culture différente, la rencontre entre les deux peuples relevait du choc des cultures. C’est pour cela qu’à la fin du 19ème siècle, des folkloristes avancèrent la théorie que les Fae étaient en fait des rescapés du peuple Picte écossais, peuple qui gardait une culture païenne celtisante écossaise très marquée. Cette théorie est très souvent remise en cause faute de preuves concrètes voire parfois totalement débunké comme ce fut le cas avec les très mauvais livres sur ce sujet de Margaret Murray (qui influença la Wicca à tort). Il faut comprendre que pendant très longtemps, les fées et les sorcières n’avaient pas beaucoup de différences, elles étaient toutes aussi craintes l’une comme l’autre, leurs appellations dépendant uniquement de la région et de l’époque. Tout comme les fées (tantôt sorcières ou enchanteresses) Morgane, Vivianne et Mélusine. Et après la forte conversion au Christianisme, les personnes qui continuaient les pratiques païennes étaient automatiquement associés aux contes de fées et sorcières (qui servaient en majorité à inculquer une peur envers les hérétiques non-convertis chez les petites gens peu instruites). C’est ce qui induit une confusion entre les créatures féériques du Petit Peuple et les pratiquant de l’ancienne religion (et il n’y a pas que certaines fêtes ou pratiques qui furent reprisent par le Christianisme, le concept du Glamour écossais et le khárisma grec devinrent la Grâce, un des 7 dons spirituels accordés par le Saint-Esprit à quelques individus, ce qu’on nommera plus tard le Charisme). Ainsi l’effet du Glamour pourrait très bien être une pratique magique humaine et pas nécessairement féérique, tout comme il est possible que ce soit tout bonnement un effet exotique suscitant l’attrait et la fascination et non pas une quelconque magie. Déterminer le vrai du faux dans toute cette période, souvent retranscrite par des moines (ce qui complique davantage la tâche vu qu’ils sont enchaînés par leur point de vue religieux et par les autorités religieuses elles-mêmes) ne permet pas de savoir exactement quand la Fae était une véritable personne humaine considérée par erreur féérique ou quand c’était une créature de contes. Ce fut une époque où la fiction se mêlait allègrement à la réalité.


Histoire de la Fascination dans la littérature et les pratiques ésotériques :


Mais est-ce que le Glamour a une racine sérieuse dans les pratiques magiques ou énergétiques concrètes et non-fictives ? On pourrait croire que non, mais si, cependant elle reste relativement plus récente que le Glamour des contes écossais. Dans les pratiques occultes, on préférait appeler ça la Fascination. On dit que Aleister Crowley et que Raspoutine en usaient déjà, cependant faute de preuves, l’on ne peut que le supposer. Avec l’arrivé de la Vampyre Magick, une certaine récupération du concept fictif du Glamour vient trouver un versant plus technique. Mais c’est surtout pendant la période de la parapsychologie que la pratique s’en trouve moins mystifiée et plus concrète. C’est la naissance de la télépsychie, de l’hypnose, du mesmérisme et des techniques d’influence à distance qui permit de poser les bases de la Fascination.

Un ouvrage ésotérique de Paul-Clément Jagot, auteur occultiste prolifique d’après-guerre, élève du célèbre occultiste Hector Durville (père de Henri Durville occultiste tout aussi célèbre), co-écrit avec le docteur P. Oudinot « Méthode pratique de développement du Charme Personnel, l’influence psychique, l’attrait esthétique » en 1946. Dans cet étrange ouvrage, Jagot s’occupe de la partie énergétique du Charme Personnel (une autre manière de parler de la Fascination et du Glamour), y décrivant ses aspects tant théoriques que pratiques développant la technique de la Fascination en lui donnant des caractéristiques issues du mesmérisme, de l’hypnose et de l’influence psychique à distance « la télépsychie » qu’il appréciait tant, la dénuant totalement d’aspect mythologique, de doctrine religieuse ou encore de pratique de magie des campagnes. Alors que le docteur Oudinot décrit plutôt l’aspect relié à l’hygiénisme naissant, qui n’était pas pour déplaire à Jagot. D’autres auteurs que Jagot ont également amené, à leur manière, leur pierre à l’édifice, mais rares sont ceux qui y ont vraiment consacrés un ouvrage entier de qualité à ce sujet. Par ailleurs, Alejandro Jodorowsky dans son « Manuel de Psychomagie », tente de faire le rapprochement entre des techniques de magie farfelue du moyen-âge avec les principes de la Fascination et considère que cela se rapprochait plus de la forme de psychomagie (discipline qu’il fonda lui-même, jouxtant entre les principes du psychodrame psychanalytique, des actes symboliques ou libérateurs et de la magie traditionnelle) qui s’expliquerait par un processus de foi et d’implication qui vont reprogrammer le mental de la personne afin d’activer un conditionnement d’auto-conviction qui augmentera le potentiel de séduction et de charisme. Sa rationalisation étant loin d’être idiote permet également d’apporter plus de précisions sur les mécanismes de la Fascination.


Explications techniques de ce qu’est le Glamour ou la Fascination dans nos pratiques actuelles :


Bon voilà donc les deux versants constitutifs du Glamour/Fascination. Que peut-on en dire aujourd’hui ? C’est une technique énergétique très intéressante qui repose sur le principe de l’auto-conviction avec des inductions à la manière de l’autohypnose (un peu similaire à la méthode Coué) permettant de se convaincre d’être plus séduisant, plus beaux, plus attrayant. Mais pas seulement car cela serait réducteur, la Fascination peut aussi être détournée de son aspect « d’attirance physique », on peut l’employer dans toutes sortes de cas comme être plus convaincant, plus captivant, voire se rendre invisible (dans le sens de ne pas attirer le regard des autres sur soi hein vous n’allez pas devenir transparent…), etc. C’est une pratique qui peut influencer les foules comme un seul individu (dont uniquement soi-même). Beaucoup en usent sans même s’en rendre compte, un bon orateur par sa prosodie va dégager une sorte de charisme puissant, c’est une forme passive de Fascination par exemple. User de techniques pragmatiques (esthétique, cosmétique, rhétorique) permet d’en améliorer l’efficacité sur l’influence des individus. Anton Lavey en parlait aussi dans sa Sorcière Satanique, le glamour y est appelé Projection extrasensuelle. Néanmoins, il est nécessaire d’être déjà convaincu soi-même pour que cela fonctionne véritablement. Et avant de penser à influencer autrui et à vouloir prendre ascendant, c’est justement cet intérêt à soi qui est le plus intéressant. Cela peut être une véritable technique cathartique ou salvifique voire expiatrice, presque « thérapeutique » même si l’on ne peut pas la considérer comme telle. Et c’est avant tout pour son avantage introspectif que c’est le plus efficace. Comme tout, cela doit être maîtrisé avec prudence pour éviter tout problème de fragilisation de la personnalité ou du mental car n’oublions pas que c’est avant tout une sorte d’illusion et ne sera pas efficace comme travail thérapeutique profond.

D’un point de vue énergétique, cette forte focalisation va permettre de dégager des charges similaires dans nos dégagements énergétiques (aura), et pour les plus aguerris l’on peut même modifier temporairement sa charge structurelle et lui donner des attributs spécifiques, ce qui explique par exemple la lycanthropie (dans la pratique plus agressive de la magie) ou la thérianthropie (comme avec les prêtres Berserkers d’Odin). Ces charges générées vont s’ancrer dans votre aura, les personnes sensibles, les praticiens, voire des profanes, qui seront face à vous auront une perception de vous-même modifiée, comme s’ils vous voyaient sous un filtre qui altère (ou neutralise) le jugement qu’ils se feront de vous. Cela restera léger, ce ne sera pas une illusion parfaite comme dans les fictions. Mais ça peut avoir des effets étonnants et très intéressants selon les situations. Ainsi l’on peut considérer la Fascination ou la Glamour comme une altération temporaire, un trouble de la perception d’une personne, d’un lieu ou d’un objet.

Cependant, cela demande un entraînement complet de manipulation énergétique pour bien y arriver. Les petites techniques de récitation de formules magiques devant un miroir saupoudré de plantes et épices ne fera rien d’autres que de l’assaisonnement inutile, tout comme faire des offrandes aux Fae pour qu’elles nous octroient le Glamour, croire ça c’est justement tomber dans son versant fictif ou alors cela vous servira comme support symbolique pour vous aider à y arriver. De même, faire une invocation, une vraie et pas seulement une récitation de formule avec trois bougies et encens en l’honneur d’une divinité, pour lui demander de vous « prêter » quelques-uns de ses attributs peut avoir un effet similaire au Glamour/Fascination.

Attention toutefois, utiliser la Fascination pour séduire en boîte de nuit alors que vous êtes plutôt joli, ce n’est pas parce qu’on vous offre des verres que ça veut dire que ça a marché, c’est simplement parce que vous êtes naturellement attrayant physiquement. Il faut rester rationnel en évitant l’effet de cadrage, attention à ne pas prendre pour cause la fausse cause (non-causa, pro-causa). Ce n’est pas un exercice facile, cela demande vraiment beaucoup de travail. Surtout si l’on veut éviter la formation d’un schème (faisant partie de la famille des larves astrales) issue de nos concrétions énergétiques personnelles.

Un schème est une larve vampirique qui a comme caractéristique d’être constituée d’informations non-locales relatives à l’image que l’on renvoi, ou que l’on nous renvoi de nous-même. Un peu comme un masque, une persona. La Fascination ou le Glamour mal maîtrisée peut engendrer ce type de problème énergétique. Il est donc important de ne pas en abuser. Pour les personnes plus faibles psychologiquement cela peut également entraîner des désordres ou des troubles de dissociation de la personnalité, comme une personne qui joue des rôles constamment jusqu’à en devenir presque pathologique, ou accentuer différents biais cognitifs. Ce n’est pas pour vous effrayer car les chances que ça arrive sont extrêmement minces, mais mieux vaut être averti pour ne pas faire n’importe quoi sans une étude et un entraînement énergétique sérieux.

Peut-on se prémunir de la Fascination ou du Glamour d’une personne ou d’un praticien ? Oui déjà en effectuant un travail d’introspection, puis avec des purifications et des protections énergétiques, comme celle contre le vampirisme énergétique. Couper les liens énergétiques, détruire les marqueurs énergétiques, etc. comme promulgué dans le livre « Vampirisme Énergétique » de Arnaud Thuly aux éditions Alliance Magique. Ou en employant le protocole de purification en annexe à la fin de mon livre également aux éditions Alliance Magique « Les Mécanismes de la Pratique Magique ».


Conclusion :


Pour conclure, qu’en penser de ces nouveaux courants magiques mettant le Glamour au centre de leur système ? Comme tout, c’est un effet de mode, la littérature de fantasy remet cela au-devant de la scène ces dernières années, comme souvent cela exerce une influence sur les pratiques ésotériques peu sérieuses, comme le livre de Michael Herkes « The Glam Witch » ou celui de Deborah Castellano « Glamour Magic ». Ce n’est pas la première fois que ça arrive et ça ne sera pas la dernière… Comme à chaque fois, cela mènera vers un nivellement vers le bas sur les notions relatives, là en l’occurrence le Glamour et la Fascination. On ne peut blâmer la fiction mais uniquement ceux qui s’en emparent. Toutefois, mettre le Glamour et la Fascination au cœur de la pratique, est un peu réducteur car finalement ce n’est qu’une technique parmi d’autres et n’a pas grand intérêt. Or apprendre à s’en servir pour l’utiliser conjointement à une pratique plus sérieuse, cela peut s’avérer un plus non-négligeable, comme l’a fait de manière pas trop mal Peter Paddon dans son « Enchantment of t